Se préparer en temps de calme pour faire face aux crises : la Couverture Santé Universelle et la participation sociale, piliers de la prévention, de la préparation et de la réponse aux pandémies

22nd June 2026

La Coalition des partenariats pour la CSU et la santé mondiale définit ses priorités en vue de la réunion de haut niveau des Nations unies de 2026 sur la prévention, la préparation et la réponse aux pandémies

La couverture santé universelle (CSU) et la sécurité sanitaire mondiale ne constituent pas deux programmes distincts. Il s’agit d’objectifs qui se renforcent mutuellement et visent à protéger le droit à la santé pour tous, partout dans le monde, et qui reposent sur les mêmes systèmes de santé solides, équitables et résilients. À l’approche de la Réunion de haut niveau des Nations unies (ONU) de 2026 sur la prévention des pandémies, préparation et réponse aux pandémies (PPPR) de 2026, la Coalition des partenariats pour la CSU et la santé mondiale appelle les dirigeants mondiaux à aligner les investissements en matière de préparation sur les efforts plus larges visant à renforcer les systèmes de santé, et à reconnaître que les soins de santé primaires (SSP) et la participation sociale sont essentiels à la CSU et à la PPPR.

À l’heure où l’instabilité mondiale s’aggrave sous l’effet des conflits, des chocs climatiques, de l’incertitude économique et de l’aggravation des inégalités, investir dans la CSU n’est pas seulement un impératif moral, mais aussi une nécessité stratégique. Des systèmes de santé solides, fondés sur les soins de santé primaires, constituent la première ligne de défense contre les urgences sanitaires, permettant aux pays de prévenir, de détecter et de répondre aux menaces sanitaires. Pourtant, 4,6 milliards de personnes dans le monde n’ont pas accès aux services de santé essentiels, et 2,1 milliards sont confrontées à des difficultés financières lorsqu’elles doivent payer de leur poche des services ou des produits de santé. Parmi celles-ci, plus de 1,6 milliard de personnes sont plongées dans la pauvreté, ou y sont encore enfoncées, en raison des coûts de santé. Au rythme actuel, le monde reste en deçà des objectifs fixés pour parvenir à la CSU d’ici 2030, ce qui laisse tous les pays vulnérables aux urgences sanitaires.

Les disparités persistantes réduisent l’accès à des services de santé de qualité et abordables, ce qui aggrave les inégalités en matière de santé, notamment par des taux plus élevés de maladies non transmissibles (MNT), de problèmes de santé et de mortalité prématurée. Les coûts de santé exacerbent la pauvreté, les ménages étant poussés encore plus loin dans les difficultés financières par les services mêmes censés les protéger. Parmi les populations les plus pauvres, 3 personnes sur 4 connaissent des difficultés financières dues aux frais de santé, contre 1 sur 25 parmi les plus riches. Ces inégalités croisées en matière de santé et d’économie font que ceux qui ont le plus besoin de soins sont les moins à même d’y accéder, ce qui les rend plus vulnérables aux urgences sanitaires et affaiblit la préparation collective de l’ensemble de la population.

Le lien entre la CSU et la préparation, la prévention et la réponse aux pandémies (PPPR) est solidement établi. La Déclaration politique de 2023 sur la PPPR a reconnu le rôle fondamental des soins de santé primaires et de la CSU dans la prévention, la préparation et la réponse aux pandémies, et l’Accord sur les pandémies de 2025 a renforcé ce lien en positionnant la CSU comme un pilier fondamental de la PPPR. Il est désormais temps de traduire ces engagements en actions concrètes. C’est pourquoi nous appelons les États membres à accorder la priorité aux éléments suivants lors de la négociation de la nouvelle Déclaration politique sur la PPPR :

Passer d’investissements parallèles dans la PPPR et la CSU à une approche unique et intégrée fondée sur les soins de santé primaires. Le personnel, les laboratoires et les chaînes d’approvisionnement qui sous-tendent la riposte aux pandémies se construisent grâce à des investissements soutenus, et non à des financements d’urgence. Lorsqu’elles sont dotées de ressources suffisantes et bien intégrées, les soins de santé primaires répondent à près de 90 % des besoins de santé des personnes tout au long de leur vie, faisant ainsi le lien entre la CSU et la préparation aux urgences sanitaires. Les systèmes de santé capables de fournir de manière fiable des services de santé de routine — notamment la vaccination, la promotion de la santé, la prise en charge des maladies chroniques et la prévention des maladies — et d’atteindre les communautés les plus vulnérables en temps normal sont les mêmes systèmes qui détectent, contiennent et répondent aux urgences sanitaires. 

Adopter une approche impliquant l’ensemble de la société, fondée sur la participation sociale. Les systèmes de santé doivent s’ancrer dans les voix, les expériences, les droits et les besoins des communautés qu’ils servent. Une participation sociale significative et institutionnalisée renforce la responsabilité, améliore la réactivité et instaure la confiance nécessaire à une action de santé publique efficace — en particulier face à la désinformation. Les individus, les communautés et la société civile — y compris les populations vulnérables et marginalisées telles que les femmes, les filles, les jeunes, les personnes atteintes de maladies non transmissibles, du VIH/sida, de la tuberculose ou du paludisme — doivent être associés à toutes les étapes du cycle des politiques de santé, de la planification à la mise en œuvre, en passant par le suivi et l’évaluation. La participation sociale doit être une composante essentielle de la gouvernance du PPPR, car elle est cruciale pour faire progresser la mise en œuvre équitable du Règlement sanitaire international amendé et pour avancer vers la ratification de l’Accord sur les pandémies. Nous avons également besoin d’indicateurs qui mesurent non seulement les capacités de préparation, mais aussi la possibilité pour toutes les populations d’accéder à des services de santé de qualité sans difficultés financières en cas d’urgence.

Lutter contre les inégalités entre les sexes et le sous-investissement dans les effectifs de santé et de soins. Les professionnels de la santé et des soins constituent la colonne vertébrale de systèmes de santé résilients et sont des acteurs de confiance dans l’action de santé publique. Outre le soutien à un personnel de santé et de soins bien formé, réparti de manière équitable et correctement protégé, nous devons veiller à ce que leurs voix soient systématiquement et véritablement prises en compte dans la conception, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques de santé, aux côtés des communautés qu’ils servent. Cela implique de reconnaître les inégalités entre les sexes qui caractérisent ce personnel : les femmes constituent la majorité des professionnels de la santé et des soins à l’échelle mondiale, mais restent sous-représentées aux postes de direction, sont touchées de manière disproportionnée par une protection insuffisante et sont souvent victimes d’inégalités salariales et de conditions de travail défavorables.

Le monde se trouve à un tournant décisif, le débat sur la réforme de l’architecture mondiale de la santé et des initiatives telles que le processus UN80, l’Accra Reset et l’Agenda de Lusaka reflétant un besoin de changement. Tout au long de ces transitions, nous devons garder à l’esprit que la CSU et la protection des droits des personnes (PPPR) ne peuvent être réalisées que grâce à une coopération soutenue, à une responsabilité partagée et à la confiance entre les pays et les institutions. Les efforts visant à renforcer l’efficacité ne doivent pas se faire au détriment de l’équité. Une architecture sanitaire mondiale renforcée doit favoriser la collaboration, en harmonisant la gouvernance, le financement et la responsabilité autour d’objectifs communs afin de garantir qu’aucun pays ni aucune communauté ne soit laissé pour compte.

Alors que la fenêtre d’opportunité menant à 2030 se referme, la réunion de haut niveau de 2026 est l’occasion de redresser le cap en renforçant les systèmes de santé et les structures de gouvernance qui répondent aux besoins des populations, tant en temps de crise qu’en temps de paix. Les investissements dans la préparation qui ne favorisent pas l’équité et la CSU risquent de laisser subsister des lacunes critiques. Nous sommes prêts à apporter notre soutien à la mise en œuvre de ce programme, notamment par le renforcement de la participation sociale à la gouvernance des systèmes de santé.


Auteurs : Dr Pamela Cipriano, coprésidente du comité directeur de la CSU2030 ; Dr Magda Robalo, coprésidente du comité directeur de la CSU2030 ; Mme Katie Dain, PDG de l’Alliance contre les MNT ; Dr Rajat Khosla, directeur exécutif de PMNCH – Membres du groupe principal de la Coalition des partenariats pour la CSU et la santé mondiale

La Coalition des partenariats pour la CSU rassemble l’ensemble des enjeux de la santé mondiale — du VIH, de la tuberculose et du paludisme aux maladies non transmissibles, en passant par la santé maternelle, néonatale et infantile. Ce qui nous unit, c’est un engagement commun selon lequel la CSU et une gouvernance inclusive sont indissociables d’un PPPR efficace.

Nous remercions Bethany-Kate Lewis et Paloma de la Cruz pour leur soutien dans la rédaction et la révision de cet article.