Résumé de l'événement : Le partenariat en action – Maintenir la dynamique en faveur d'un financement de la santé piloté par les pays et autonome malgré les contraintes budgétaires
20th May 2026
En marge de la 79e session de l'Assemblée mondiale de la Santé, le Japon et le Nigeria, en collaboration avec la Fondation des Nations unies et la CSU2030, ont organisé un événement parallèle intitulé « Le partenariat en action ».
Cette session avait pour objectif de maintenir la dynamique autour des réformes du financement de la santé et de contribuer à définir les grandes lignes de la réunion de haut niveau des Nations unies de 2027 sur la couverture santé universelle (CSU). Elle a réuni des hauts responsables gouvernementaux et d’autres acteurs clés des secteurs de la santé et du développement afin de discuter des défis liés au financement national de la santé dans le contexte actuel d’une architecture sanitaire mondiale en pleine mutation et d’incertitudes géopolitiques.
Dans l’ensemble, les intervenants ont souligné qu’une CSU financée au niveau national était essentielle pour garantir des systèmes de santé équitables et résilients, la sécurité sanitaire et le développement durable. Ils ont mis en avant l’importance d’une collaboration renforcée entre les ministères de la Santé et des Finances, d’une meilleure gestion des finances publiques et d’un engagement politique soutenu en faveur des réformes du financement de la santé. Ils ont également salué vivement la création du Pôle de connaissances sur la CSU à Tokyo, au Japon, et ont exprimé leur intérêt pour une collaboration avec ce Pôle.
L’événement était animé par le Dr Cecilia Mundaca Shah, vice-présidente chargée de la santé mondiale à la Fondation des Nations unies, qui a planté le décor en soulignant les principales lacunes dans les progrès vers la CSU et la nécessité d’un partenariat solide, non seulement entre les ministères de la Santé et des Finances, mais aussi avec les communautés. Elle a invité les pays à réfléchir aux moyens de mettre en place des systèmes de santé plus durables et financés par des ressources nationales, en vue de la réunion de l’Assemblée générale des Nations unies sur la CSU prévue en 2027.
Le Dr Ayoade Alakija, envoyé ministériel nigérian chargé de la résistance aux antimicrobiens et président de FIND, a souligné que les pays devaient passer d’une dépendance à l’aide à des systèmes de santé financés par des ressources nationales et à une meilleure gestion des finances publiques. Le financement national de la santé permettra aux pays de décider de leurs propres besoins, au lieu de se voir dicter leur conduite par les bailleurs de fonds. Elle s’est félicitée de la création du Pôle de connaissances sur la CSU, qu’elle considère comme un outil important pour les transferts de connaissances Nord-Sud et Sud-Sud.
M. Masayuki Kamiya, vice-ministre parlementaire de la Santé, du Travail et des Affaires sociales du Japon, a souligné que la CSU est la pierre angulaire de la sécurité humaine et qu’elle est mentionnée dans les ODD. En tant que pionnier de la CSU, le Japon en fait la promotion en tant qu’enjeu clé de la santé mondiale, en mettant l’accent sur le renforcement du financement de la santé à l’aide de ressources nationales. Il a rappelé que le Japon avait décidé de créer le Pôle de connaissances sur la CSU afin qu’il serve de centre mondial destiné à aider les pays à revenu faible et intermédiaire (PRFI) à mettre en place la CSU. L’une de ses principales activités consiste à apporter un soutien au renforcement des capacités des ministères des Finances et de la Santé afin de consolider le financement de la santé, ainsi qu’à organiser chaque année, en décembre, le Forum de haut niveau sur la CSU.
Le Dr Yukiko Nakatani, directrice générale adjointe chargée des systèmes de santé, a souligné que le monde était en retard dans la réalisation des objectifs de la CSU définis dans les ODD. Elle a recommandé de concentrer les efforts sur deux priorités : premièrement, améliorer l’équité en matière de santé, car 4,6 milliards de personnes n’ont toujours pas accès aux services de santé essentiels et 2,1 milliards de personnes sont confrontées à des difficultés financières. Deuxièmement, les pays doivent opérer la transition vers des systèmes de santé financés au niveau national. Elle a salué les partenariats avec le Japon, la Banque mondiale et l’Union européenne pour faire progresser la CSU. Enfin, elle a souligné que l’action devait s’appuyer sur des données factuelles et des statistiques afin d’optimiser son impact.
Mme Monique Vledder, directrice mondiale de la santé et du Fonds mondial pour la santé (GFF) à la Banque mondiale, a réitéré l’objectif de la Banque mondiale consistant à fournir des services de qualité à 1,5 milliard de personnes supplémentaires d’ici 2030. Les accords nationaux de santé constituent un vecteur essentiel pour apporter l’expertise technique de la Banque mondiale aux pays. À ce jour, 16 accords nationaux de santé ont été conclus et, d’ici décembre 2026, 24 accords supplémentaires seront prêts. Elle a indiqué que les banques multilatérales de développement harmonisent leurs efforts en matière de financement du secteur de la santé. Elle a ajouté qu’il fallait améliorer l’efficacité des dépenses de santé et mobiliser les capitaux privés. De nouvelles marges de manœuvre budgétaires pourraient être obtenues grâce à des échanges de dette et à d’autres instruments.
Aperçu du panel 1 : Faire progresser le financement de la santé pour la CSU
Le Dr Albert Francis Domingo, sous-secrétaire à la Santé et chef de cabinet des Philippines, a souligné que le pacte national pour la santé était devenu une référence, notamment pour le soutien américain. Il a indiqué que les Philippines avaient mis en place la facturation à solde nul pour les collectivités locales. Les dépenses à la charge des patients ont été réduites avec succès, passant de 44 % en 2023 à 42 % en 2024, et devraient atteindre 39 % en 2025. Le gouvernement philippin accorde des subventions aux collectivités locales afin de réduire les dépenses de santé. Par ailleurs, PhilHealth a amélioré son offre de prestations. Enfin, il a rappelé que les Philippines sont en phase de sortie du soutien du Fonds mondial.
Le Dr Hatem Amer, ministre délégué aux Relations internationales au ministère de la Santé et de la Population d’Égypte, a déclaré à l’auditoire que, dans le cas de l’Égypte, la CSU était devenue un pilier essentiel du programme national de développement. L’Égypte met progressivement en œuvre une approche pangouvernementale. Selon lui, le financement durable de la santé nécessite une collaboration étroite entre les ministères de la Santé et des Finances. À l’avenir, l’Égypte poursuivra le modèle de la « dette pour la santé », afin qu’une partie du service de la dette égyptienne puisse être réorientée vers des investissements dans la santé. Selon le Dr Khaled Abdel Ghaffar, le modèle « dette pour la santé » pourrait servir d’exemple à l’ensemble de la région africaine pour mobiliser des financements supplémentaires en faveur de la santé. En conclusion, il a souligné que les progrès vers la CSU nécessitent davantage de solidarité mondiale, une plus grande mobilisation des ressources nationales et des solutions de financement innovantes.
S.E. le Dr Lo Veasnakiry, secrétaire d’État au ministère de la Santé du Cambodge, a indiqué que le Cambodge avait anticipé l’évolution du financement des bailleurs de fonds et s’était préparé à s’appuyer davantage sur les ressources nationales il y a déjà 15 ans. Dans le même temps, le gouvernement a pu étendre la couverture aux travailleurs du secteur informel, réduire la fragmentation, évoluer vers un système de capitation et encourager la qualité des soins. Actuellement, un programme de réforme de la gestion des finances publiques est en cours afin de gérer plus efficacement les ressources.
Le Dr Victor Bampoe, directeur général de l’Autorité nationale de l’assurance maladie du Ghana, a indiqué que l’aide extérieure devenait moins prévisible, ce qui exerçait une pression sur le gouvernement pour qu’il finance les systèmes de manière durable. La question centrale est donc de savoir comment mobiliser, allouer et gérer les ressources. Le Ghana a récemment élargi sa marge de manœuvre budgétaire dans le domaine de la santé, notamment en allouant des ressources supplémentaires au régime national d’assurance maladie en 2026. Le « New Ghana Medical Trust Fund » (nouveau fonds fiduciaire médical du Ghana) vise à prendre en charge les maladies coûteuses, telles que l’insuffisance rénale. Par ailleurs, une initiative en faveur de la gratuité des soins de santé primaires a été lancée en 2026 afin de réduire davantage les paiements à la charge des patients, qui s’élèvent actuellement à 30 %. Le gouvernement prévoit également de renforcer la transparence grâce à un processus de prise en charge numérique des demandes de remboursement. Il a conclu en affirmant que la mobilisation des ressources nationales nécessitait un leadership politique fort et une grande transparence, et que les réformes devaient être menées sous l’impulsion du pays lui-même.
S.E. Budi Gunadi Sadikin, ministre de la Santé de l’Indonésie, a rappelé à l’auditoire que, comparée aux récentes crises financières mondiales, la crise actuelle du financement de la santé n’était pas si grave ; les dépenses de santé sont revenues à leurs niveaux d’avant la pandémie. En outre, de nombreuses possibilités existaient pour obtenir des prêts à taux préférentiels auprès des banques multilatérales de développement (BMD). Pour l’Indonésie, son objectif est de s’attaquer aux contraintes du côté de l’offre en utilisant les prêts des BMD pour équiper les centres de soins des technologies de santé nécessaires. Selon lui, les ministères de la Santé n’étaient souvent pas assez avisés pour expliquer leurs besoins à leurs homologues du ministère des Finances. Il a par ailleurs recommandé de tirer parti du potentiel du secteur privé pour améliorer la CSU. Dans cette optique, tous les hôpitaux ne doivent pas nécessairement être construits par le secteur public ; un mécanisme d’incitation approprié peut au contraire garantir l’implication du secteur privé. Enfin, il a souligné que la détermination des coûts manquait cruellement de transparence dans le secteur de la santé et qu’une transparence accrue contribuerait à faire baisser les prix.
Aperçu de la table ronde n° 2 : Du dialogue à la déclaration : garantir le financement de la santé en 2027
M. Martin Seychell, directeur général adjoint de la Direction générale des partenariats internationaux de la Commission européenne, a déclaré qu’il était essentiel de donner la priorité à la santé dans les budgets nationaux et que les partenaires extérieurs devaient contribuer à la mobilisation des ressources nationales. Il a par ailleurs rappelé que l’UE soutenait le Partenariat pour la CSU avec l’OMS, qui appuie les réformes des systèmes de santé menées par les pays eux-mêmes. Il a également appelé à une architecture mondiale de la santé plus équitable, notamment pour faire respecter les engagements de l’Agenda de Lusaka, pour veiller à ce que les investissements des banques multilatérales de développement (BMD) dans les soins de santé primaires (SSP) soient compatibles avec la viabilité de la dette, pour renforcer les organismes régionaux, notamment le Centre africain de prévention et de contrôle des maladies (Africa CDC), ainsi que pour promouvoir les achats groupés régionaux et la production locale. Il a insisté sur la nécessité de développer les instruments financiers innovants afin d’accroître les investissements dans le domaine de la santé.
Le Dr Jadej Thammatacharee, secrétaire général de l’Office national de sécurité sanitaire (NHSO) de Thaïlande, a rappelé à l’auditoire que la CSU avait progressé en Thaïlande grâce à un engagement politique constant. Une CSU durable implique de dépenser davantage et de dépenser plus judicieusement. En outre, des ressources adéquates pour les services de santé sont nécessaires, parallèlement à des évaluations des technologies de santé. Les partenariats mondiaux, tels que le Pôle de connaissances sur la CSU, restent essentiels pour faire avancer le programme de la CSU.
Mme Amy Boldosser-Boesch, directrice principale chargée de la politique de santé, du plaidoyer et de l’engagement chez Management Sciences, a demandé si les réformes du financement de la santé seraient menées pour les citoyens ou avec eux. Elle a déploré que la participation citoyenne soit souvent absente des décisions politiques. Or, la participation citoyenne est un pilier des systèmes de santé équitables et résilients. Elle a donc demandé que la participation sociale soit institutionnalisée et que celle-ci soit financée. En fin de compte, la CSU ne peut être réalisée que grâce à des contrats sociaux solides, fondés sur la confiance.
Le Dr Rahul Sankrutyayan Reddy Kadarpeta, directeur exécutif du Réseau d’apprentissage conjoint (JLN) sur la CSU chez Amref Africa, a souligné le rôle de l’apprentissage entre pairs et de la collaboration, le JLN réunissant des décideurs politiques et des praticiens pour élaborer ensemble des solutions concrètes, permettant ainsi aux pays d’apprendre les uns des autres et d’accélérer les réformes des systèmes de santé.
Dans sa conclusion, le Dr Cecilia Mundaca Shah, vice-présidente chargée de la santé mondiale à la Fondation des Nations unies, a souligné que les efforts visant à mettre en place la CSU devaient être soutenus. Alors que les préparatifs de la réunion de haut niveau des Nations unies sur la CSU de 2027 commencent, ce dialogue a réaffirmé un message clair : la mise en place de systèmes de santé durables et autonomes nécessitera une forte appropriation par les pays, des partenariats intersectoriels et un investissement continu dans des réformes du financement de la santé qui placent les personnes au centre.

