23 décembre 2020

Par Lenio Capsaskis, Cheffe des politiques, du plaidoyer et de la recherche en santé, Save the Children.

Résister à la tourmente et parvenir à la couverture santé universelle – nous avons tous un rôle à jouer

Dans le monde entier, les pays se sont engagés à élargir l’accès à la santé, notamment par les objectifs de développement durable et la déclaration politique sur la couverture santé universelle (CSU). Mais il y a des limites à ce que ces engagements peuvent accomplir.

La société civile et les communautés, y compris les enfants, les jeunes et les personnes souvent exclues des processus de prise de décision, jouent un rôle essentiel pour réclamer des services de santé de qualité et s’assurer que les allocations de santé donnent la priorité à leurs besoins.

Notre rôle est de veiller à ce que les décideurs honorent leurs engagements et leurs obligations, d’exiger que les investissements se traduisent en résultats tangibles et d’insister pour que les dirigeants politiques soient transparents sur les interventions qui fonctionnent ou ne fonctionnent pas.

Ainsi qu’un récent rapport de la CSU, L’État de l’engagement en faveur de la CSU, l’a affirmé, « tous les dirigeants mondiaux et d’autres acteurs devraient se réunir pour garantir une action cohérente et pour instaurer la confiance et la redevabilité en élargissant la participation à la gouvernance de santé à tous les niveaux ».

Inégalités de santé – un fossé qui s’élargit sur la route vers la CSU

Le rôle de la société civile et sa capacité de demander des comptes aux décideurs revêtent une importance particulière quand il s’agit de s’attaquer aux inégalités sanitaires persistantes. Les activités pour améliorer l’état de santé et garantir l’accès des personnes les plus défavorisées et marginalisées à des services de santé de qualité ne dépendent pas simplement de la quantité d’argent qui est allouée, mais de la manière dont les fonds sont dépensés. La récente analyse de données de Save the Children montre que dans des pays comme la Colombie, le Ghana, l’Indonésie et le Mexique, les groupes les plus pauvres de la société reçoivent une part proportionnellement plus modeste des ressources publiques pour la santé.

Dans beaucoup de pays à revenu faible ou intermédiaire, les dépenses à la charge du patient, c’est-à-dire la forme la plus inéquitable et régressive de financement de la santé, représentent une forte proportion des dépenses totales de santé. D’après le plus récent rapport sur les dépenses de santé à l’échelle mondiale, Global spending on health: Weathering the storm (Dépenses de santé mondiales : résister à la tempête), plus de 40% des dépenses totales de santé dans les pays à revenu faible et intermédiaire de la tranche inférieure proviennent de frais à la charge des patients. Dans les pays à faible revenu, ces paiements atteignent le pourcentage vertigineux de 60% des dépenses intérieures de santé.

La dépendance à l’égard des frais à la charge des patients est particulièrement inquiétante pour les populations les plus défavorisées et marginalisées, qui doivent prendre des décisions difficiles sur la manière d’utiliser leurs ressources restreintes et sont souvent incapables de se permettre de payer des soins de santé. Avec la pandémie de COVID-19 et ses répercussions sur les économies, ces contraintes financières et ces inégalités risquent de s’aggraver. Près de la moitié des plus de 400 répondants à l’enquête du rapport sur L’État de l’engagement en faveur de la CSU ont déclaré que les frais à la charge des patients n’avaient pas changé ou avaient augmenté pendant la pandémie. Dans beaucoup de pays, les groupes les plus vulnérables sont encore plus à la traîne du fait des inégalités qui ont été creusées par le COVID-19.

De récentes données du rapport sur les dépenses de santé mondiales montrent que, de 2000 à 2018, la part des dépenses de santé par rapport aux dépenses publiques totales a diminué dans les pays les plus pauvres ; dans l’ensemble, le taux de croissance des dépenses de santé a enregistré le rythme le plus lent de ces 20 dernières années. Ces facteurs brossent un tableau inquiétant puisque les budgets de la santé dans les pays les plus pauvres devraient aussi être les plus touchés par les retombées macroéconomiques de la pandémie. D’après le rapport, les pays qui dépendent des paiements à la charge des patients pour financer leur système de santé et qui font aussi face à une importante récession économique seront probablement les plus durement frappés.

Aujourd’hui plus que jamais, il est essentiel d’augmenter ou, tout au moins, de maintenir les dépenses publiques de santé, pour veiller à ce que la charge de l’accès aux services de soins de santé ne retombe pas sur les membres les plus pauvres de la population et que les pays respectent leurs engagements en matière de CSU.

Des investissements judicieux dans les soins de santé primaires et des interventions ciblées seront déterminants pour atteindre les plus vulnérables. Ainsi que le recommande le rapport sur les dépenses de santé mondiales, les mesures politiques de financement de la santé devraient inclure des programmes plus explicites de couverture financée par le budget, la mise en œuvre concrète et le financement des politiques d’élimination des frais à la charge des patients, et des transferts d’espèces ciblés pour protéger les plus pauvres.

Des arguments pour des données disponibles, fiables et traçables sur les dépenses de santé

Il est de plus en plus admis que pour réaliser les objectifs de développement durable, nous devons savoir si les ressources sont utilisées pour satisfaire les besoins des plus pauvres. Pour s’assurer que les ressources publiques parviennent à des populations entières, particulièrement les enfants et les communautés les plus défavorisés et marginalisés, il est capital de déterminer comment les ressources sont dépensées et d’être en mesure de demander des comptes aux décideurs.

Mais pour savoir comment les ressources sont dépensées et où elles sont allouées, il faut aussi avoir accès à des données dignes de foi, disponibles et faciles à utiliser. Actuellement, dans la pratique, les détails de l’exécution budgétaire peuvent rester opaques, empêchant la société civile de suivre efficacement les dépenses et de déterminer si les populations ont bénéficié des allocations, si les stratégies d’investissement ont été appropriées ou si, au contraire, les fonds ont été mal employés.

La Commission statistique de l’ONU a récemment approuvé un nouvel indicateur pour déterminer si les fonds publics sont dépensés pour les personnes les plus pauvres du monde qui en ont le plus besoin. L’indicateur souligne combien des données de qualité sont importantes pour le plaidoyer et la redevabilité. Les gouvernements ont une responsabilité de transparence et ils doivent partager des informations sur la formulation des politiques, la planification de la santé et la budgétisation. Ils sont tenus de collaborer avec la société civile et les communautés pour surveiller l’efficacité de l’emploi du budget.

Les gouvernements doivent systématiquement recueillir et suivre les données sur les dépenses de santé pour soutenir une prise de décision inclusive, un meilleur plaidoyer et la redevabilité quant à la manière dont les fonds sont dépensés pour veiller à ce que nul ne soit laissé de côté et vérifier que des progrès sont accomplis vers la réalisation de la CSU.

Ils doivent aussi intensifier leur action, avec l’aide des donateurs, des institutions internationales de santé et de la société civile mondiale, pour protéger et élargir l’espace de la société civile et des communautés dans la gouvernance de la santé et la redevabilité aux niveaux national et international.

En tant que société civile qui travaille pour des politiques et des investissements publics plus équitables pour la santé à l’époque du COVID-19, nous nous félicitons des six recommandations de l’OMS aux pays pour définir un nouveau pacte sur le financement de la santé et nous en soulignons particulièrement trois :

  • Assurer des dépenses publiques internes pour la santé comme priorité aussi bien économique que sociétale
  • Prioriser le financement public pour garantir l’équité dans l’accès et la protection financière par une approche de soins de santé primaires
  • Financer les institutions nationales pour un suivi transparent et inclusif des dépenses de santé aux niveaux national et mondial.

Photo : ©OMS / Eduardo Soteras Jalil

Catégories: Leave no one behind, Move together, Civil society

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