15 janvier 2021

Par la plateforme sur l’équité entre les sexes du Réseau mondial pour les personnels de santé. (Global Health Workforce Network’s Gender Equity Hub.)

De l’indifférence à l’action : autonomiser et responsabiliser les femmes dans les personnels de santé à l’échelle mondiale

L’égalité entre les sexes est fondamentale pour progresser vers la CSU, et la pandémie de COVID-19 renforce l’importance d’un leadership équilibré entre hommes et femmes. Ce blog de la plateforme sur l’équité entre les sexes du Réseau mondial pour les personnels de santé décrit les données et les mesures qui sont nécessaires pour veiller à ce que pendant l’année internationale des personnels de santé et d’aide à la personne des progrès soient accomplis sur l’équité entre les sexes parmi le personnel dans le domaine de la santé et des soins.

Alors que les femmes représentent 70% des personnels de santé et d’aide à la personne, il est choquant que 75% des postes de direction soient occupés par des hommes. 

Des mesures urgentes sont nécessaires dans les secteurs sanitaires et sociaux pour corriger les inégalités entre hommes et femmes et renforcer le personnels de santé afin de parvenir à la couverture santé universelle (CSU) et aux objectifs de développement durable (ODD). En particulier, l’ODD5 – réaliser l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles – demande une participation pleine et réelle des femmes et des chances égales de leadership, notamment dans les systèmes de santé.

Le rapport phare de l’OMS, « Des services dispensés par des femmes dans un secteur dirigé par des hommes : une analyse consacrée à la problématique du genre et de l’équité chez les personnels du secteur sanitaire et social à l’échelle mondiale » montre que les préjugés, la discrimination et les inégalités fondées sur le sexe persistent sur le lieu de travail parmi les personnels de santé et d’aide à la personne. Point encourageant, une analyse de l’OMS portant sur 104 pays révèle que dans les cohortes plus jeunes, davantage de femmes embrassent une profession médicale et peuvent accéder à des spécialités prestigieuses. Mais certains domaines restent statiques, par exemple les hommes ne représentent qu’à peine 10% du personnel infirmier dans le monde.

Autonomiser les femmes dans les personnels du secteur sanitaire et social et en retirer les avantages

Dans le monde, les femmes ne détiennent que 25% des postes de direction dans le personnel de santé et elles occupent en général les emplois en bas de l’échelle et moins bien rémunérés. Les femmes sont des expertes dans les systèmes de santé dans lesquels elles prêtent leur services, par conséquent la marginalisation de leurs compétences et de leur talent mine les soins de santé. Autonomiser les femmes tout en investissant dans les personnels de santé offre un triple dividende. Premièrement, un dividende de santé, en aidant à former des personnels plus efficaces et réactifs, capables de répondre aux besoins croissants de soins de santé et aux changements démographiques. Deuxièmement, un dividende de genre : les femmes obtiendront un revenu, une formation et une autonomie, aboutissant à des améliorations dans l’éducation, la santé et d’autres aspects du développement. Troisièmement, un dividende économique : de nouveaux emplois seront créés, alimentant la croissance économique.

S’attaquer aux normes sociales et aux stéréotypes pour plus d’équité dans le leadership et les salaires

Outre le fait que les hommes occupent les postes supérieurs dans la santé, l’inégalité des sexes est accentuée par les désavantages fondés sur la race, la caste, la classe, le handicap et d’autres déterminants de l’identité personnelle. Les stéréotypes et la ségrégation professionnelle contribuent aussi sensiblement aux profondes différences salariales observées parmi les travailleurs. L’écart salarial estimé à 28% dans la santé en faveur des hommes est plus élevé que la moyenne dans d’autres secteurs. En fait, l’écart salarial réel est beaucoup plus élevé, puisque près de la moitié des 3000 milliards de dollars qui représentent la contribution des femmes employées dans le secteur de la santé au produit intérieur brut mondial prend la forme d’un travail non rémunéré et non inclus dans les statistiques sur l’emploi ou les analyses des différences salariales entre hommes et femmes.  

Assurer la sécurité des agents de santé

Beaucoup de femmes qui travaillent dans le secteur de la santé sont harcelées par leurs collègues masculins, des patients et des membres de la communauté, mais ces actes sont rarement déclarés ou enregistrés. Près d’un tiers des pays sont dépourvus de lois contre le harcèlement sexuel qui sont pourtant le fondement de l’égalité entre les sexes, de la dignité et la sécurité au travail. C’est particulièrement important pendant la pandémie de COVID-19, puisque le personnel de santé féminin en butte à la violence au travail court un risque accru de contracter le COVID-19, aggravé par leur épuisement et les tensions psychologiques qu’elles subissent.

Adopter des politiques transformatrices

Beaucoup d’organisations du secteur sanitaire et social s’attendent à ce que le personnel féminin s’adapte à des systèmes qui sont conçus pour les modes de vie des hommes ou qui ne tiennent pas compte des rôles de chaque sexe. Par exemple, l’absence de congé maternité rémunéré pour les femmes peut avoir des conséquences néfastes sur la poursuite de leur participation économique. Les politiques peuvent transformer les inégalités entre les sexes si elles sont déployées de manière intelligente. Ainsi, même s’ils en ont la possibilité, les hommes ont peu recours au congé parental. Son utilisation augmente quand la politique prévoit un congé de paternité pour les pères plutôt qu’un congé parental que les femmes peuvent transférer aux hommes.

L’équilibre entre hommes et femmes ne se redressera pas tout seul

L’Assemblée mondiale de la Santé a déclaré 2020 année des sages-femmes et du personnel infirmier, ne sachant pas quand elle le faisait que les sages-femmes et le personnel infirmier seraient poussés à la limite de leurs forces pour sauver des vies en première ligne d’une pandémie mondiale. En reconnaissance de leur extraordinaire contribution, 2021 a été proclamée année internationale des personnels de santé et d’aide à la personne et ce sera une bonne occasion d’aborder les inégalités entre les sexes qui ont semé des embûches sur la route des travailleuses et des systèmes de santé dans cette pandémie.

Les pays et le système de santé mondial doivent prendre des mesures politiques spécifiques et ciblées pour s’attaquer aux causes sous-jacentes de l’inégalité entre les sexes. Sans une action explicitement transformatrice, la parité sur le lieu de travail prendra encore 202 ans. Des changements avec des politiques transformatrices sont nécessaires de toute urgence pour aborder les politiques et la culture du travail, créer des emplois décents pour les femmes et combler l’écart entre les sexes dans le leadership et les salaires.

Ignorer les aspects sexospécifiques du leadership, en particulier quand ils se rapportent à la pandémie de COVID-19, entrave la prévention et la gestion de la riposte. Le récent rapport de la CSU2030 sur L’état de l’engagement en faveur de la CSU a demandé aux dirigeants politiques nationaux « d’autonomiser les femmes qui se révèlent des dirigeantes extrêmement efficaces dans les urgences sanitaires ». C’est essentiel pour que les pays parviennent à une couverture santé universelle et aux objectifs de développement durable. L’inégalité entre les sexes est néfaste pour les femmes et néfaste pour la santé de tous.

Auteurs du blog :

Dre Mwenya Kasonde, Coprésidente, Plateforme sur l’équité entre les sexes du Réseau mondial pour les personnels de santé

Dre Roopa Dhatt, Directrice exécutive, Women in Global Health, et Coprésidente, Plateforme sur l’équité entre les sexes du Réseau mondial pour les personnels de santé

Mme Ann Keeling, chargée de politiques principale, Women in Global Health

Dre Bismah Nayyer, Directrice de projet, Plateforme sur l’équité entre les sexes du Réseau mondial pour les personnels de santé

Dre Michelle McIsaac, économiste du travail, Département Ressources humaines pour la santé, OMS Genève, et Coprésidente, Plateforme sur l’équité entre les sexes du Réseau mondial pour les personnels de santé

Photo : OMS/Noor/Sebastian Liste

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