21 septembre 2020

Par le Mécanisme de participation de la société civile pour la CSU2030

Pour une riposte équitable au COVID-19, les investissements dans la société civile ne peuvent pas attendre

Alors que nous ne cessons d’en apprendre sur le COVID-19 et ses conséquences secondaires sur la vie des gens, il n’est désormais que trop évident que les répercussions de la pandémie ne sont pas réparties de manière équitable. Les personnes vivant dans la pauvreté, celles qui n’ont pas d’emploi ou de logement adéquat, les individus souffrant d’une affection de santé latente, les personnes handicapées, les communautés autochtones, les personnes âgées, les femmes et les enfants, parmi d’autres, font face à un éventail de vulnérabilités qui exacerbent l’impact de la crise mondiale.

Les plans de réponse à la pandémie doivent adopter une approche multidisciplinaire avec la contribution de multiples acteurs qui tienne compte de l’impact cumulé de la pauvreté, des inégalités entre hommes et femmes et de la discrimination, entre autres facteurs. Tel est le message central des appels à l’action de la société civile suite au COVID-19 lancés par le Mécanisme de participation de la société civile pour la CSU2030 (MPSC), en consultation avec ses membres. Pourtant, même quand les dirigeants politiques s’alignent sur le discours visant à « ne laisser personne de côté », beaucoup de gouvernements prennent des décisions sans l’avis de représentants des communautés et de la société civile et manquent des occasions de répondre véritablement aux besoins des populations vulnérables.

Dans une enquête mondiale du MPSC et du réseau technique de la CSU2030 sur la participation sociale, plus de la moitié des 200 répondants de la société civile ont rapporté une participation mineure ou aucune participation des OSC et des communautés dans les ripostes de leur gouvernement au COVID-19 (1). La plupart des équipes spéciales du COVID-19 n’incluent pas la société civile, avec le risque que les plans nationaux de réponse ne tiennent pas correctement compte des répercussions disproportionnées de la pandémie (2).

En dépit de l’échec de la collaboration formelle, les organisations de la société civile ont continué de faire partie intégrante de la protection de la santé et du bien-être des groupes les plus vulnérables pendant la pandémie. Les OSC livrent des médicaments salvateurs malgré le confinement et les perturbations des chaînes d’approvisionnement, garantissant des produits alimentaires à ceux qui connaissent des pénuries, offrant un soutien psychosocial et un logement, élaborant des campagnes d’information publique et bien davantage. Ces activités qui répondent aux besoins des communautés et protègent le droit à la santé pour tous doivent être intégrées dans des plans nationaux et déployées comme volet central de la riposte plus large au COVID-19. 

Les gouvernements ne peuvent pas se permettre d’attendre la fin de la riposte à l’urgence pour collaborer avec la société civile et rechercher leur leadership. Alors que les dirigeants politiques se réunissent à nouveau à l’Assemblée générale des Nations Unies, un an après la réunion de haut niveau consacrée à la couverture santé universelle, ils doivent réaffirmer leur engagement à parvenir à une couverture universelle des soins de santé de qualité pour tous. Tout retard pour entendre les voix des communautés peut annuler les progrès accomplis dans l’accès universel, plonger davantage de personnes dans la pauvreté, multiplier les cas d’autres maladies et continuer d’exclure des communautés marginalisées. Ces coûts peuvent avoir des répercussions pendant les années à venir.

Pour véritablement ne laisser personne de côté dans la riposte au COVID-19, les organisations de la société civile doivent être au centre de la réponse et de la reprise à tous les niveaux, et il faut les inclure sans attendre. Cet engagement envers la société civile est important pour :

  • Identifier les besoins des communautés. Un rôle essentiel que jouent les OSC est de combler les failles de l’information entre les gouvernements et les groupes qui sont vulnérables. Par exemple, au Botswana, Success Capital, une organisation locale dirigée par des jeunes, a souligné les besoins spécifiques des jeunes LGBTIQ+ pendant le COVID-19 grâce à des consultations avec la communauté. Les résultats incluaient non seulement des lacunes dans l’accès aux soins de santé, mais aussi le besoin critique de connectivité et d’accès à internet, de soutien de santé mentale et de possibilités d’emploi (3). Ce n’est qu’avec cette information que les militants et les dirigeants politiques peuvent commencer à s’attaquer aux difficultés particulières que rencontre cette population.
  • Élaborer des informations et des connaissances accessibles. L’accès à l’information en termes compréhensibles et de manière décisionnelle, partagée sans stigmatisation ni discrimination, est essentiel pour une réponse efficace à la pandémie et des changements du comportement individuel. Néanmoins, cela peut se révéler difficile pour certaines communautés et limiter encore leur inclusion. Les messages communautaires rédigés dans la langue de la population ont plus de chances d’avoir un écho. Youth in Action (Y-ACT), un réseau d’organisations de plaidoyer de jeunes au Kenya, a répondu au défi de l’information sur la pandémie du COVID-19 en créant un « site d’info » novateur qui est construit par et pour la jeunesse kenyane (4). En plus des ressources et des webinaires sur le COVID-19 et son impact, le portail propose des offres d’emploi et des services de protection pour les jeunes qui répondent directement à leurs demandes. L’équipe crée aussi une plateforme où les jeunes pourront imaginer ensemble des solutions pour un avenir post-pandémie, apportant des connaissances appropriées et provoquant un changement le plus adapté à la communauté.
     
  • Garantir la redevabilité et favoriser la confiance du public. La redevabilité sociale qui repose sur la participation de la société civile améliore les systèmes de santé et les rend plus réactifs aux besoins communautaires. Au Zimbabwe, les OSC ont assuré le suivi communautaire des réponses au COVID-19 pour mieux guider les politiques et la planification de la santé. Elles ont aussi participé au plaidoyer qui fait entendre les voix des groupes vulnérables avec des besoins spécifiques et met en lumière les conséquences des lacunes dans le filet de sécurité sociale. La sensibilisation du public a permis aux OSC de noter l’aggravation des inégalités sociales et d’appuyer une réponse plus transparente à la pandémie.

Se tournant vers l’avenir, l’OMS publiera prochainement un manuel sur la participation sociale pour la CSU qui donnera des conseils spécifiques fondés sur les meilleures pratiques aux décideurs pour les aider à collaborer efficacement et véritablement avec les populations, la société civile et les communautés pour la définition des politiques et la prise de décisions.

La pandémie de COVID-19 est multidimensionnelle et exige de mettre davantage l’accent sur la solidarité sociale. Les jeunes, les membres de communautés marginalisées et les personnes qui font face à de multiples vulnérabilités pendant cette crise devraient être au premier plan des espaces de définition des politiques pour trouver des solutions inclusives et équitables. Pour les responsables politiques, ce n’est pas le moment d’hésiter à investir pleinement dans une véritable collaboration avec la société civile et les communautés à la prise de décision aux niveaux national, régional et mondial. Ce n’est qu’ensemble que nous pourrons nous assurer que nul n’est laissé de côté.

Auteurs 

Secrétariat du MPSC avec des informations de membres du groupe consultatif auprès du MPSC : Itai Rusike (Directeur exécutif, Groupe de travail communautaire sur la santé, CWGH – Zimbabwe), Evalin Karijo (Directrice de projet, Y-ACT, Youth in Action – Kenya), Dumiso Gatsha (fondatrice, Success Capital – Botswana).

Références

1) Résultats de la participation de la société civile à la réponse COVID-19

2) Rajan D, Koch K, Rohrer K, et al, Governance of the COVID-19 response: a call for more inclusive and transparent decision-making, BMJ Global Health 2020;5:e002655.

3) LGBTIQ+ Youth & COVID-19

4) Youth COVID-19 Info Site

Photo : Amref Health Africa en Zambie a soutenu l’élaboration de matériels en braille sur le COVID-19 pour des individus ayant une déficience visuelle.
Crédit : Amref Health Africa/2020

Catégories: Leave no one behind, Civil society

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