11 mars 2019

Women in Global Health : « La CSU qui se traduit par des services de santé accessibles, abordables et de qualité pour tous transformera la vie et les chances des femmes et des filles les plus pauvres du monde. Women in Global Health, en sa qualité de membre de la CSU2030, fait partie du mouvement mondial coordonné qui est nécessaire pour stimuler un changement de cette envergure. »

Les femmes bénéficieront de la CSU – et elles la mettront en œuvre

Par Caitlin Pley, Women in Global Health

Imaginez investir en faveur de la couverture santé universelle (CSU) en utilisant seulement la moitié des ressources disponibles, et recruter des dirigeants à partir de la moitié seulement du vivier de compétences ? Si l’objectif de la CSU est de ne laisser personne de côté, l’égalité entre hommes et femmes n’est pas un point accessoire, c’est au contraire un élément essentiel. L’égalité entre les sexes améliore la santé mondiale et c’est l’affaire de tous. Women in Global Health, réseau mondial qui s’efforce de parvenir à l’égalité entre hommes et femmes dans la santé mondiale, préconise des approches de la CSU qui transforment les rapports de genre, des approches qui nous permettront de construire des systèmes de santé plus solides et de meilleure qualité, répondant aux besoins de santé physique, mentale et sociale de tous.

L’égalité des sexes, et son rôle central dans la réalisation de la CSU, est une omission majeure dans le discours actuel. La CSU doit aborder les déterminants de la santé fondés sur le sexe et le genre ; notamment comment la santé et les droits sexuels et génésiques et la violence sexiste touchent de manière disproportionnée la santé des femmes, alors que les hommes ont davantage de probabilités de mourir du tabagisme, de suicide et d’un accident de la route. Puisque la prévention et la promotion de la santé sont des éléments clés de la CSU, les déterminants sexospécifiques de la santé doivent aussi être traités en amont, en particulier les obstacles à l’accès aux soins, les femmes et les filles étant souvent les plus difficiles à atteindre avec des services de santé, et la pauvreté. 

Dans l’ensemble, les femmes et les filles courent plus de risques de vivre dans la pauvreté et elles ont moins de chances d’avoir un emploi ; lorsqu’elles sont employées, elles gagnent en moyenne 24% de moins que les hommes [1]. Point important, l’intervention sur ces déterminants de la santé fondés sur le sexe et le genre doit être l’une des mesures les plus précoces dans la voie vers la CSU et, en premier lieu, dans un système de soins de santé primaires accessible et à l’écoute des besoins des femmes. Les femmes n’accèderont pas à la CSU si cette couverture est d’un coût inabordable. Iversen et Meyers se sont fait l’écho de ce point de vue, affirmant que « la santé et les droits des filles et des femmes sont plus qu’une mesure de progrès vers la CSU. Ils en sont une condition préalable. » [2]. De surcroît, des données ventilées par sexe et genre sont nécessaires de toute urgence, non seulement pour la conception des interventions de la CSU, mais aussi pour le suivi et l’évaluation, afin de veiller à ne pas laisser de côté les femmes et les filles les plus marginalisées. Une CSU répondant aux besoins des femmes égalisera les chances dans la vie des hommes et des femmes, ainsi que des femmes riches et pauvres dans les pays et entre ceux-ci. L’action pour l’égalité des sexes sera déterminante pour réaliser la CSU et produira des avantages sociaux, économiques et politiques plus larges.

Une deuxième interaction capitale entre le genre et la CSU concerne le personnel de santé féminin. Les femmes prodiguent des soins de santé à plus de 5 milliards de personnes, évalués à $US 3000 milliards de dollars par an. Pourtant, près de la moitié de ce travail n’est pas rémunéré [3]. Le travail social et les soins de santé non rétribués maintiennent les femmes dans la pauvreté et empêchent les filles d’aller à l’école. Actuellement, les systèmes de santé sont subventionnés par le travail social et les soins de santé non payés effectués par les femmes les plus pauvres. Puisqu’il faut créer 40 millions d’emplois dans le travail social et les soins de santé dans le monde d’ici à 2030 [4], 18 millions dans les pays à faible revenu pour parvenir à la CSU, il est probable que la majorité d’entre eux seront occupés par des femmes. Il est donc urgent d’investir en faveur du personnel de santé féminin, mais en allant au-delà des pratiques routinières.

Présentement, un pourcentage élevé de personnel de santé féminin occupe des fonctions subalternes, faiblement payées et dans des conditions de travail à risque. Parallèlement aux investissements, il est aussi crucial que les femmes obtiennent des conditions de travail décentes, à salaire égal et dans un environnement professionnel sans préjugés, sans discrimination et sans harcèlement. La ségrégation professionnelle par genre, aussi bien verticale qu’horizontale, est également un facteur majeur d’autres inégalités dans le personnel de santé, en particulier l’inégalité des salaires. Dans la plupart des pays, le personnel infirmier est composé en majorité de femmes, alors que la majorité des chirurgiens sont des hommes (ségrégation horizontale). Même si les femmes représentent 70% des ressources humaines de santé, elles n’occupent que 25% des postes de direction [4,5] (ségrégation verticale). Sans parité de genre dans les fonctions directrices et décisionnelles, les compétences des femmes et leurs perspectives sont perdues. Il est temps de reconnaître que les femmes sont des facteurs du changement dans la santé, et non pas seulement des bénéficiaires.

Un programme de la CSU qui transforme les rapports entre les sexes requiert une ferme volonté politique de la part de tous les acteurs. En particulier, tous les aspects du processus de la réunion de haut niveau sur la CSU doivent refléter l’équilibre entre les sexes, la participation des hommes et des femmes et la prise en considération des facteurs intersectionnels. Le réseau Women in Global Health plaide pour la parité de genre entre tous les orateurs et les panellistes lors de la réunion de haut niveau et de la réunion multipartite, et pour une approche intersectionnelle qui tienne compte d’autres facteurs, notamment la représentation géographique. Dans les 140 organisations de santé mondiale ayant fait l’objet d’une enquête cette année, 72% des dirigeants et 71% des présidents du conseil d’administration étaient des hommes [6]. Le premier jour de la 144e session du Conseil exécutif de l’OMS en janvier de cette année, on comptait à peine huit femmes sur les 34 représentants des États membres siégeant au Conseil exécutif [7]. Les hommes prennent massivement des décisions vitales sur la couverture sanitaire pour les deux sexes. Afin de veiller à ce que l’importance du genre au sein de la CSU reçoive la considération qu’elle mérite, un point de l’ordre du jour officiel de la réunion de haut niveau et de la réunion multipartite devrait lui être spécialement consacré. 

Women in Global Health est une organisation non gouvernementale qui a commencé en 2015 comme mouvement mondial dirigé par des bénévoles, unissant des individus de tous les sexes et les horizons pour parvenir à l’égalité entre hommes et femmes dans la santé mondiale, avec la conviction que tout individu, quel que soit son sexe, a le même droit d’être aux commandes à tous les niveaux de la prise de décision. Women in Global Health est aussi une plateforme de discussion et de collaboration, cultivant un réseau mondial de professionnels de santé qui préconisent un leadership transformant les rapports entre les sexes. Women in Global Health a incité des femmes dans toutes les régions à créer des antennes nationales qui ancrent désormais notre plaidoyer mondial dans les réalités de divers contextes de pays. En sa qualité de membre du partenariat CSU2030, Women in Global Health collabore avec les États membres et la société civile pour intégrer l’égalité entre les sexes et les droits des femmes dans le processus de la CSU, avec la conviction que cela garantira une meilleure santé pour tous. 

Références :

  1. ONU Femmes (2017). Le progrès des femmes dans le monde 2015- 2016 : Transformer les économies, réaliser les droits. Chapitre 1.
  2. Iversen, K and Myers, M (2017). Opinion: Want to deliver on the promises of UHC? Invest in girls' and women's health and rights. Devex. 09 October 2017. 
  3. Langer, A et al. (2015). Women and Health: the key for sustainable development. The Lancet September 2015. 
  4. Keeling, A (2017). All Roads Lead to Universal Health Coverage –and Women Will Deliver It. Women in Global Health.
  5. OIT (2017). Améliorer les conditions d’emploi et de travail dans les services de santé. Avril 2017.
  6. Global Health 50/50 (2019). Global Health 50/50 Report: Equality Works. 

Women in Global Health @womeninGH. « Sur les 34 représentants d’États membres à la 144e session du Conseil exécutif de l’OMS, huit seulement sont des femmes – soit à peine 24% ! La plupart (21 sur 34) des représentants sont des experts nommés par leur gouvernement, et non des ministres. Il n’y a pas de raison pour qu’il n’y ait pas de parité des sexes (#genderparity) dans une réunion de cette importance pour l’avenir de la santé mondiale (#globalhealth) et la santé pour tous (#HealthforAll) ». 24 janvier 2019, 6h33. 

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