13 juin 2018

Entretien avec Fogué Foguito, Directeur exécutif.

Une nouvelle OSC signataire de la CSU2030 : Positive Generation au Cameroun

Nous avons parlé il y a peu avec Fogué Foguito, Directeur exécutif de Positive Generation, sur les motifs ayant incité l’organisation à se joindre à nous. 

Pourquoi Positive Generation a-t-elle voulu devenir membre de la CSU2030 ?

Positive Generation est déjà une organisation qui défend la santé et les droits de l’homme. Nous nous intéressons à la globalité du système de santé et à tout ce qui se rapporte à l’accès des personnes aux services de soins de santé. Nous souhaitions nous joindre à la CSU2030 car son objectif est que chacun bénéficie de soins de santé de qualité. De même, le but de la CSU2030 représente un programme horizontal, et non vertical et parallèle, et il encourage des approches participatives. 

Quels défis voyez-vous pour la CSU2030 et comment peuvent-ils être relevés ? 

La CSU2030 est un programme ambitieux et il signifie que le monde a décidé de respecter la Déclaration d’Alma-Ata. Si aujourd’hui, des années après, nous décidons d’agir, c’est parce que nous voulons appliquer réellement les engagements souscrits par différents acteurs tels que les États membres de l’OMS, la société civile et d’autres organisations.

La difficulté réside à ce niveau. Si c’est un nouveau partenariat ou un partenariat transformé à partir de l’IHP+, comment la CSU2030 se positionnera-t-elle dans la structure globale de la santé mondiale par rapport à d’autres initiatives du type de Gavi, comme le Fonds mondial ou UNITAID ? La CSU2030 devrait pouvoir rassembler toutes ces initiatives existantes pour promouvoir la santé et contribuer à la réalisation des objectifs d’Alma-Ata. 

Ainsi, le Cameroun prépare un ensemble de soins de santé assorti d’un financement. Comme nous opérons désormais dans le contexte de la CSU et de la CSU2030, la société civile s’assied autour de la table et nous avons une plateforme nationale qui rassemble tous les acteurs. L’objectif de la CSU2030 pour la santé et sa mise en œuvre est global en cela qu’il associe la CSU aux plans nationaux de développement de la santé et inclut aussi les usagers des systèmes de santé dans sa perspective. Le défi pour la CSU2030 est d’être « au-dessus de la mêlée » et de promouvoir en même temps les initiatives qui aideront à atteindre les objectifs de la CSU.

Au Cameroun, nous sommes au beau milieu d’une discussion sur la mise en œuvre de la CSU. Dans le contexte politique actuel, les politiciens parlent souvent de la CSU, mais tout le monde ne la comprend pas de la même manière. Dans le cadre du groupe national de travail sur la CSU et le financement de la santé, nous avons eu des discussions sur le financement de la CSU, par opposition à la santé. 

Il est ambitieux de financer la CSU. Nous sommes donc en train de réviser la CSU dans l’optique de la couverture médicale universelle (CMU) et la mise en œuvre du financement de la santé. Dans le contexte de la participation, je suis convaincu que si la CSU2030 n’existait pas, avec son cadre de travail participatif, la société civile n’aurait pas été invitée à la table de négociation, et seuls les partenaires techniques et financiers auraient été présents avec le Gouvernement. Dans la stratégie et l’approche de la CSU, les OSC sont associées et participent activement aux discussions. Je pense que la CSU2030 peut apporter une valeur ajoutée, alors que tous les acteurs se réunissent et conviennent de la réalisation d’objectifs concrets.

Comment la CSU2030 peut-elle réaliser son potentiel et devenir un partenariat efficace ? 

La CSU2030 peut être un marqueur de la façon dont les initiatives existantes appliquent les principes de la CSU. Un exemple serait de préparer une sorte de fiche d’évaluation pour mesurer les progrès d’organisations comme Gavi, le Mécanisme de financement mondial (GFF), le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme et d’autres sur la CSU. La CSU2030 pourrait aussi amplifier son rôle fédérateur des acteurs tels que les organisations internationales, les donateurs, les OSC, l’OMS et les institutions gouvernementales comme le Ministère de la Santé. La CSU2030 a aussi la possibilité d’élaborer des outils pour démontrer les progrès accomplis par différents acteurs dans les pays. Il ne faut pas que la CSU2030 se contente de promouvoir l’importance de la CSU, elle devrait travailler pour trouver les données prouvant les progrès et la situation d’un pays par rapport à la CSU. La première mission de la CSU2030 concerne la redevabilité, spécialement quand on sait que les principaux besoins concernent les pays du Sud, qui souffrent fréquemment d’un manque de système démocratique clair. La CSU2030 pourrait aussi promouvoir plus énergiquement une approche de participation et d’autres mécanismes d’observation, comme Human Rights Watch.

Qu’espérez-vous pour votre Positive Generation ces prochaines années en rapport avec le programme de la CSU2030 ? 

En lien avec la réponse précédente, nous avons travaillé pendant dix ans sur un mécanisme appelé Treatment Access Watch, qui a surveillé l’accès aux services de traitement du VIH, de la tuberculose et du paludisme. Nous aimerions que la CSU2030 reconnaisse d’autres observatoires de ce type, en veillant à ce que la société civile participe activement aux réponses nationales et internationales. Cela demande de mobiliser la population. Si nous voulons améliorer les mécanismes de redevabilité, les communautés doivent savoir ce qu’est la CSU, quels sont ses objectifs et ses orientations stratégiques, pour pouvoir y contribuer et demander des comptes au système existant. 

La CSU est faite pour nous, par nous. Il faut que les OSC soient au cœur de toutes les activités en rapport avec la CSU ; les bénéficiaires ultimes doivent être au centre des progrès vers la CSU. 


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