24 janvier 2018

La CSU2030 souhaite chaleureusement la bienvenue au docteur Githinji Gitahi.

Dr. Githinji Gitahi

Nous l’avons interviewé pour en savoir plus sur ses espoirs pour la CSU2030 et les écueils qu’il pourra rencontrer. 

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous joindre à la CSU2030 comme Coprésident du Comité directeur ? 

Je suis médecin et je travaille depuis de nombreuses années dans le domaine de la santé, et plus récemment avec l’AMREF Health Africa. Les principaux facteurs de changement durable de la santé m’intéressent et je crois dans la priorité à la couverture santé universelle (CSU) comme feuille de route pour parvenir à un bon état de santé pour tous. La CSU est capitale. Elle traduit les défis que nous devons relever pour garantir un coût abordable, la redevabilité, l’accessibilité et l’intégration des services, le leadership, la gouvernance et la gestion. 

Je suis passionné par la CSU comme thème aux niveaux national et mondial et je veux travailler avec d’autres afin de voir la CSU devenir une réalité de mon vivant. 

Qu’espérez-vous apporter avec votre participation ? Et qu’espérez-vous en retirer ? 

Je suis fermement persuadé de la nécessité de promouvoir la CSU en Afrique. Je crois profondément à la CSU dans le monde, mais j’ai une passion pour elle en Afrique car les populations africaines, de même en général que celles du Sud, vivent dans des environnements pauvres.

Elles occupent des emplois du secteur informel et il est donc plus difficile de disposer de régimes d’assurance maladie complétement financés par les impôts ou des assurances sociales par répartition. Je soutiens fermement la CSU en Afrique et j’en suis l’ambassadeur passionné car ce sont les personnes les plus vulnérables du point de vue financier qui manquent également de la protection financière leur permettant d’avoir accès à des services de santé de qualité.

Qu’est-ce que j’espère accomplir ? En premier lieu, je souhaite mobiliser une dynamique politique pour la CSU en Afrique et dans l’ensemble du Sud. Deuxièmement, j’aimerais soutenir le transfert et le partage des connaissances sur la CSU, afin que différents pays puissent apprendre mutuellement. Troisièmement, j’entends promouvoir la participation active des personnes et associer les communautés à la CSU. C’est la raison d’être de la CSU2030.

Les OSC sont les mieux placées pour canaliser la voix des communautés et créer une citoyenneté active. Le rôle des OSC doit être renforcé et nous devons comprendre que les OSC bénéficient de l’aide au développement, mais qu’elles travaillent aussi par le biais du secteur public dans leur pays et qu’elles sont donc des partenaires du financement et de la mise en œuvre. C’est une partie des résultats auxquels je veux arriver. 

D’un point de vue personnel, je souhaite apprendre. Je veux apprendre auprès des autres et évoluer, ce qui m’aidera à mieux jouer mon rôle. 

Quelle est d’après vous la valeur ajoutée de la CSU2030 ?

De toute évidence, la CSU2030 ne vient pas de nulle part, elle émane du Partenariat international pour la santé (IHP+) qui se centrait sur le financement des donateurs. La véritable utilité de la CSU2030 est de montrer qu’afin de parvenir à la CSU et à la santé pour tous, le financement des donateurs est réellement complémentaire du financement interne.

La CSU2030 montre que la discussion doit se détourner du développement et l’aide pour s’intéresser au financement interne et aux modèles qui ont réussi, de même qu’au partage des bonnes pratiques. Il s’agit de montrer que des solutions peuvent être trouvées dans différents pays, dans le cadre du contexte national de chacun, où il y a non pas un modèle unique, mais un objectif commun.

Au-delà de ces considérations, c’est un moment important pour la santé et les droits de l’homme. Au lieu de faire de la santé un privilège, la CSU2030 considère la santé comme un droit de l’homme. Quand vous parlez de la santé comme d’un droit fondamental, vous commencez à voir un éclat différent dans les yeux des gens qui ont l’impression de disposer d’une certaine prise sur leur santé. La santé ne vient plus du Gouvernement.

Nous ne sommes plus les bénéficiaires impuissants de cadeaux, nous devenons des participants du droit à la santé qui fait partie de notre contrat social avec nos gouvernements. Nous ne devons pas parler de soins de santé GRATUITS ; les soins de santé sont financés par les impôts. Même les pauvres payent des impôts, par le biais de la TVA. Ce sont les impôts que le gouvernement utilise pour prodiguer des soins de santé. Comment peuvent-ils être gratuits ?

Lorsque vous dites que ces services sont gratuits, les gens les considèrent comme un privilège et ne sont pas en mesure d’exiger des soins de santé disponibles et de meilleure qualité. La CSU2030 amènera la discussion sur des soins de santé financés par le public, plutôt que des soins de santé gratuits. 

Quels types de difficultés pensez-vous que la CSU2030 pourrait rencontrer l’an prochain ?

Pour moi, et pour le Comité directeur comme pour tous les partenaires de la CSU2030, d’après ce qu’il ressort de nos discussions, il est difficile de faire la transition entre une discussion axée sur les donateurs pour passer à une approche plus intégrée et systématique. Les pays qui reçoivent une aide au développement tendaient à s’asseoir à la table de l’IHP+ pour demander un financement et présenter leurs données aux donateurs.

La CSU2030 n’a pas vocation à encadrer les conversations entre donateurs et bénéficiaires. Son objectif est de faire en sorte qu’ils participent comme partenaires sur un pied d’égalité et de se demander comment réaliser un programme cohérent de santé pour tous. Par conséquent, il est de toute évidence difficile d’inciter des ministres de la santé et des finances à participer activement à un forum qui va remettre en question leur stratégie, leurs activités, leurs redevabilité et leur volonté politique. Il est donc malaisé de motiver les pays bénéficiaires à participer activement à la CSU2030. 

Dans le cadre de notre programme politique fragmenté, il n’est pas simple de réaliser le but à long terme de la CSU en le conciliant avec les objectifs à court terme des gouvernements. Nous affirmons que nous voulons la CSU d’ici à 2030, mais la CSU ne sera pas forcément atteinte dans les limites d’un cycle politique. Les gouvernements font des déclarations, mais ils tiennent aussi compte des intérêts à court terme de leurs électeurs et veulent des résultats rapides qui seront reflétés dans le prochain cycle électoral. À nouveau, je pense que la traduction des déclarations politiques en action est une tâche ardue. 

Un autre défi est de garantir que la société civile s’asseye à la table pour discuter directement avec les ministères. Les ministères se sont par le passé associés à des organisations qui ne remettent pas en question leur manque de redevabilité. Celles qui posent des questions sur leur manque de responsabilisation ne sont pas les bienvenues dans ces processus. Nous devons surmonter cela afin que les OSC deviennent des partenaires actifs qui puissent aider à consolider la stratégie. 

Du point de vue des OSC, que prévoyez-vous/espérez-vous de la CSU2030 ? 

J’espère que nous développerons une société civile forte qui participe à la CSU2030, en association avec les communautés et les populations afin de se centrer sur la CSU. J’espère que l’intérêt public global gagnera. Cela étant fait, j’espère que les OSC seront visibles dans le secteur public et dans les processus politiques et de mise en œuvre, pour que les OCS deviennent de véritables partenaires égaux sur la voie menant à la CSU. 

Pour parvenir à la CSU, il faut négocier avec le public. Les OSC sont dans une bonne position pour réussir car elles jouissent de la confiance des communautés, alors que le gouvernement ne l’a pas toujours. C’est un outil puissant qui peut être utilisé pour amener les communautés et le public sur la scène. La confiance est la monnaie d’échange pour la CSU dans les environnements informels et à faible revenu.

Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?

Oui, le rôle d’une approche des systèmes de santé pour la CSU est vital car cette approche nous permet de débattre des politiques qui soutiennent des systèmes de santé réactifs construits depuis le niveau communautaire. 

  

 

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