3 décembre 2020

Les biens communs pour la santé comme fondements de la CSU et de la sécurité sanitaire.

Tous ensemble – des systèmes de santé plus forts pour la CSU et la sécurité sanitaire

Aujourd’hui, plus que jamais, la communauté mondiale de la santé publique doit s’unir en faveur de stratégies efficaces pour investir dans les biens communs pour la santé, comme fondements de la couverture santé universelle (CSU) et de la sécurité sanitaire.

Tel était le message d’un événement commun fort animé, organisé par les initiatives apparentées à la CSU2030, groupe de réseaux et de projets de collaboration sur les systèmes de santé, qui a rassemblé plus de 150 participants le jour de l’ouverture du Symposium sur la recherche sur les services de santé (HSR2020).

En dépit des progrès substantiels accomplis dans le secteur de la santé au 21e siècle, les pays dans le monde entier, ont bien du mal à gérer la pandémie de COVID-19 tout en maintenant les services de santé essentiels. La Dre Agnès Soucat, Directrice de la gouvernance et du financement des systèmes de santé à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), a identifié une profonde défaillance du marché mondial dans la santé. « La mondialisation a obtenu des résultats en matière de réduction de la pauvreté et de richesse, mais c’était une mondialisation des marchés. Elle a obtenu des résultats dans ce que les marchés peuvent faire, mais elle n’a pas réussi dans ce que les gouvernements devraient faire. » Il faut donc que les gouvernements investissent dans les biens communs pour la santé : des fonctions ou interventions fondées sur les populations, telles que la surveillance des maladies et la planification des urgences sanitaires, qui contribuent à la santé et au progrès économique [1].

« Le COVID-19 est vraiment le parfait exemple où les externalités sont centrales. Même les économistes néolibéraux sont d’accord pour penser que nous avons besoin d’une action collective pour investir dans les biens communs pour la santé, et pourtant cela ne se produit pas », a déclaré le Dr Josep Figueras, Directeur de l’Observatoire européen des systèmes et politiques de santé, qui a animé la séance.

Les participants à la réunion ont mis en évidence les causes sous-jacentes d’un manque d’investissement dans les biens communs pour la santé. Premièrement, une absence de mesures politiques d’encouragement et une pensée à court terme. La prévention n’est pas visible et les résultats « immédiats » sont plus attrayants pour l’investissement. Deuxièmement, l’insuffisante visibilité. Sans un problème clairement défini de « crises futures potentielles », il n’y a pas de solution envisagée. Troisièmement, le manque d’identité collective. L’action collective exige que nous pensions tous que nous sommes dans le même bateau, que nous faisons partie d’une communauté unique de citoyens du monde.

Se fondant sur l’expérience du COVID-19, les orateurs ont trouvé des occasions de promouvoir l’action collective pour cinq catégories de biens communs pour la santé : politiques et coordination ; impôts et subventions ; réglementation et législation ; information, analyse et communication ; et services à la population.

Le Prof. Soonman Kwon, de l’École de santé publique à l’Université nationale de Séoul, a expliqué comment les politiques et la coordination associées à un solide système de financement de la santé avaient aidé la République de Corée à gérer le COVID-19. Cela incluait un rôle de premier plan pour le Centre coréen de lutte contre les maladies, l’adaptation des politiques qui a permis de rechercher les contacts, le renforcement de la coordination entre les autorités locales et centrales et des politiques de CSU qui ont garanti l’accès aux services de dépistage et de traitement. Ces stratégies ont été guidées par l’expérience précédente du pays avec l’épidémie de MERS en 2015.

De même, Tolbert Nyenswah, associé de recherche principal, École de santé publique Bloomberg à l’Université Johns Hopkins, a décrit comment, sur la base de son expérience avec la maladie à virus Ebola, le Libéria avait investi dans son institut national de santé publique et dans la coordination pour la sécurité sanitaire. « Le fait que nous ayons mis en place des systèmes d’urgence, investi en faveur des biens communs pour la santé et collaboré avec les communautés a aidé notre riposte. Quand les gouvernements prennent des mesures collectives, ça marche », a noté le Dr Nyenswah.

Les réglementations et les lois peuvent aider à corriger les défaillances du marché. Réfléchissant à la collaboration public-privé sur le dépistage et le traitement du COVID-19, la Dre Soucat a noté que « l’inclusion du secteur privé par le biais de réglementations qui offrent des mesures d’encouragement et favorisent l’intégration est une étape essentielle. C’est déterminant pour disposer de systèmes qui soient prêts pour demain. » 

De solides systèmes d’information, d’analyse et de communication sont essentiels pour diffuser les bonnes informations aux bonnes personnes au bon moment. Le Prof. Kwon a expliqué comment les pharmacies ont utilisé les données de l’assurance maladie nationale pour allouer des masques faciaux et prévenir les pénuries. Craig Burgess, Coordonnateur du secrétariat du Projet de collaboration sur les données sanitaires à l’OMS, a expliqué que les données sont un atout stratégique pour la CSU et la sécurité sanitaire, et il a mis en exergue l’importance de la gouvernance des données et de l’alignement des données et des outils numériques sur les processus nationaux.

L’action collective sur les données peut aussi promouvoir la confiance et la redevabilité pour ne laisser personne de côté. « Pour des systèmes de santé plus solides et plus résilients, les gouvernements devraient nouer des partenariats avec les OSC afin de recueillir et de se partager des informations, puisque cela facilitera l’accès aux informations sur les communautés les plus vulnérables et les plus difficiles à atteindre afin de les analyser et de répondre ainsi à leurs besoins, de consolider la confiance et en fin de compte de réaliser le programme d’équité de la CSU », a affirmé la Dre Khuất Thị Hải Oanh, Directrice exécutive, Centre de soutien aux initiatives de développement communautaire au Viet Nam.

Beth Tritter, Directrice exécutive de l’Initiative sur la performance des soins de santé primaires (PHCPI), a évoqué les investissements dans les soins de santé primaires qui sont à son avis la première ligne de défense, notamment les investissements dans les services à la population pour prévenir, détecter et traiter les maladies infectieuses et les épidémies. « Les SSP ont souffert d’un net sous-investissement. Les réponses aux difficultés que nous rencontrons aujourd’hui ne sont pas nouvelles, elles résident dans les engagements que nous avons pris il y a 40 ans dans la Déclaration d’Alma-Ata. Nous devons créer des structures d’encouragement aux niveaux national et mondial qui récompensent la pensée et l’action de manière intégrée », a-t-elle affirmé.

La séance s’est achevée sur une note d’optimisme. Le COVID-19 peut être un catalyseur pour que la communauté mondiale de santé publique se rassemble autour des objectifs de la CSU et de la sécurité sanitaire, en se fondant sur les principes de l’équité. Oanh Khuat a souligné que « le COVID-19 nous a montré qu’il est non seulement juste de ne laisser personne de côté, mais que c’est aussi un objectif capital. » La Dre Soucat en a convenu, concluant par ces mots : « L’équité est au cœur du programme des biens communs pour la santé. Elle met en avant les plus vulnérables, puisque les biens communs pour la santé ne sont pas divisibles et sont non exclusifs. Nous devons promouvoir un système de santé cohérent, fondé sur l’engagement des citoyens, avec une voix forte de la société civile. La CSU2030 offre une solide plateforme multipartite qui rassemble diverses voix et perspectives au nom du but commun que représente la réalisation de la CSU. Elle aide à conserver la dynamique créée par les engagements en faveur de la CSU et elle encourage l’action collective. »

[1] Les biens communs pour la santé sont des fonctions ou interventions fondées sur la population qui exigent un financement collectif, du gouvernement ou des donateurs, sur la base des conditions suivantes : contribuer au progrès économique et sanitaire ; l’existence de raisons économiques claires pour des interventions fondées sur les défaillances du marché, en se centrant sur i) les biens publics (non-rivaux et non exclusifs) ou ii) de vastes externalités sociales.

Ressources

Écouter l’événement

En savoir plus sur les initiatives apparentées à la CSU2030

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Photo : OMS / Blink Media - Lisette Poole

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