6 janvier 2022

Pendant la dernière décennie, le secteur de la santé a débattu du potentiel de l’intelligence artificielle et des outils numériques pour transformer la manière dont sont assurés les services de santé.

De la médiatisation et de l’espoir à des solutions concrètes – Collaboration entre les parties prenantes pour accélérer les soins de santé numériques

Trop souvent, néanmoins, ce débat s’est limité à de beaux discours, jusqu’à ce que l’avènement du COVID-19 ne laisse d’autre option aux pays que de fournir des soins de santé sûrs, accessibles et d’un coût abordable par des moyens numériques.

La nécessité de mettre en place et d’étendre rapidement la santé numérique a montré clairement qu’aucun acteur, que ce soient les gouvernements, le secteur privé, les fondations ou d’autres, ne pouvait réussir à lui seul. Au contraire, il faut que tous les protagonistes participent, y compris les utilisateurs finals. Il s’agit alors de savoir comment les pays peuvent et doivent se servir de la collaboration entre acteurs pour passer de la médiatisation et de l’espoir de la santé numérique à des solutions concrètes et à base factuelle qui les aident à parvenir à la couverture santé universelle.

Cette question était au cœur des discussions de la Semaine de la santé numérique 2021, qui avait pour thème Collaborer pour la santé numérique et des soins de meilleure qualité. La Semaine comprenait trois séances étroitement liées qui étaient parrainées conjointement par le Groupe du secteur privé auprès de la CSU2030 et la Coalition des soins connectés et numériques (DCCC). Les séances ont examiné les défis et les opportunités pour étendre les outils de santé numérique et se sont demandées comment mieux aligner les secteurs publics et privés pour assurer des services de santé.

Quelles sont les différentes tâches ou fonctions que les organisations, les gouvernements, le secteur privé et la Banque mondiale, par exemple, devraient assumer ? Et comment les différentes parties prenantes devraient-elles collaborer pour aborder les multiples aspects de la transformation numérique tels que : l’amélioration de l’infrastructure numérique et de l’écosystème régulateur ; les questions relatives aux données et au respect de la vie privée ; le renforcement des capacités des personnels de santé à utiliser des outils numériques ; les compétences numériques des utilisateurs finals ; et les moyens de garantir l’équité, la valeur et la confiance dans la santé numérique ?

Un facteur clé qui a été mentionné par les participants lors de cette discussion de groupe – et aussi pendant la deuxième séance, Une profonde immersion dans la participation du secteur privé aux soins numériques, qui s’est penchée sur trois interventions concrètes de santé numérique – était l’obligation pour les pouvoirs publics d’assumer un rôle de premier plan en vue de garantir une bonne gouvernance et d’établir l’environnement régulateur et politique qui permettra aux innovations numériques et aux initiatives du secteur privé de prospérer. Ainsi que l’a déclaré le Dr Anthony Adofo Ofosu, du Service de santé du Ghana : « Les gouvernements doivent fournir […] les infrastructures de base et appliquer les politiques et le cadre juridique de manière inclusive pour tous les acteurs. Car, sans les bonnes politiques, les gens n’obtiendront pas ce dont ils ont vraiment besoin. »

M. Jan-Willem Scheijgrond, de Royal Philips, a évoqué la nécessité de travailler en cocréation, en rassemblant les différentes compétences requises, tout en veillant à ce que le secteur reste compétitif et en atteignant un juste équilibre entre des solutions à grande échelle qui peuvent être politiquement sensibles et des solutions à petit échelle qui seraient dénuées de tout intérêt. Au-delà des questions de politique et d’infrastructure, on se heurte aussi à des difficultés pour mettre au point un modèle commercial qui garantira une solution durable et évitera la fragmentation qui a caractérisé la numérisation avant le COVID-19.

Du côté de la mise en œuvre, un autre obstacle cité par beaucoup d’entités du secteur privé est la difficulté d’interagir avec les gouvernements et de savoir avec lesquels des multiples représentants ou départements gouvernementaux il faut collaborer, à quel niveau s’engager et comment travailler en proximité avec l’infrastructure gouvernementale à chaque niveau. « Si nous avions compris comment collaborer avec le Ministère [de la santé] plus utilement depuis le début, nous aurions eu plus de succès », a remarqué Mme Anne Stake, du projet Medtronics Lab Padayon aux Philippines. Le Dr Ofosu a souligné que, du point de vue gouvernemental, des solutions novatrices sont nécessaires pour traiter les problèmes identifiés, et non pas seulement des solutions pour trouver les problèmes, comme cela se produit souvent. 

À la question de savoir quels enseignements ont été retirés de la pandémie, Mme Marelize Gorgens, de la Banque mondiale, a répondu qu’ils concernaient l’échelle et les volumes qui étaient possibles pour la télémédecine, et que l’une des plus importantes révélations a été la rapidité avec laquelle il est possible de créer un service de télémédecine.

Ainsi que l’a fait remarquer le Dr Rodrigo Saucedo de la Fondation Carlos Slim au Mexique, « de bien de luxe, la santé numérique est devenue un bien de base pendant cette pandémie, et cela a été démontré aux décideurs du monde entier ».

Quelles sortes de transformations ont été observées dans la prestation des services de santé ? Parmi les exemples concrets examinés pendant la Semaine de la santé numérique, il convient de citer le travail accompli par Babyl au Rwanda qui gère un centre d’appel doté de médecins et infirmières à temps partiel et qui traite près de 4500 consultations téléphoniques par jour, accessible par le biais du plan national d’assurance maladie, d’après la Dre Shivon Byamukama.

Au Mexique, a raconté le Dr Saucedo, le plus grave problème de santé est constitué par les maladies non transmissibles comme le diabète et l’hypertension. Les solutions numériques servent à une prévention active et une gestion des maladies à base factuelle, ce qui est jugé comme un facteur habilitant pour une santé publique personnalisée.

La Dre Niti Pall, d’AXA, a expliqué que sa société a proposé des offres conjointes d’assurance et de services numériques par le biais de plateformes telles que les prestataires de télécommunication, de vente au détail, de services bancaires et de covoiturage dans des pays comme le Bangladesh, la Thaïlande, l’Indonésie, l’Égypte et l’Espagne. Elle a insisté sur la perspective des consommateurs, affirmant que les consommateurs recherchent la confiance, l’empathie, l’expertise et l’information. Mme Gorgens a rappelé que les consommateurs, au même titre que chez les professionnels de santé, espèrent des manières différentes de dispenser des soins de santé. La Dre Pall les a appelées très justement de nouveaux modèles « click and brick », c’est-à-dire une association de consultations virtuelles et présentielles.

Plusieurs intervenants ont noté combien il était important de ne pas oublier que les soins de santé doivent être vus comme un écosystème et d’éviter la fragmentation de la prestation des services. Mme Stake a affirmé que Padayon conçoit la santé numérique comme l’une de ses stratégies ; alors que c’est une solution clé pour les patients et les agents de santé, elle doit être couplée à des solutions de terrain hyperlocales et des partenariats axés sur la mise en œuvre.

Il a aussi été noté à plusieurs reprises que les pays, en particulier les pays à revenu faible ou intermédiaire, risquent d’être incapables d’étendre leur investissement dans la transformation numérique à mesure que la pandémie recule, ce qui pourrait aboutir à un élargissement de la « fracture numérique » entre ces pays et les nations à revenu élevé.

Tous les participants ont jugé que la technologie était un facteur habilitant, un outil qui aidera à construire une solide somme de données sur la faisabilité et la possibilité d’étendre ces initiatives, et que les préoccupations sur les données et le respect de la vie privée doivent rester fondamentales. L’ensemble de l’assistance s’est accordée à penser que la pandémie avait clairement démontré la nécessité d’agir. Ainsi que l’a remarqué M. Jan-Willem Scheijgrond, de Philips, « Nous sommes à un tournant dans la transformation numérique des soins de santé, aujourd’hui. Dans trois ans il sera trop tard. » Pour faire avancer le programme, nous aurons besoin de nouveaux types de partenariats.

La liste des orateurs ayant participé aux trois groupes de discussion figure ci-dessous. Les séances peuvent être vues ici.

Webinaire n° 1 : Collaborer pour la santé numérique et de meilleurs soins

Intervenants : 

  • Marelize Gorgens Prestidge, Banque mondiale
  • Dr Anthony Adofo Ofosu, Service de santé du Ghana
  • Jan-Willem Scheijgrond, Royal Philips
  • Niti Pall, AXA

Modérateur : Desta Lakew, Amref Health Africa

Webinaire n° 2 : Une plongée en profondeur dans la participation du secteur privé aux soins numériques

Intervenants : 

  • Dr Shivon Byamukama, Babyl, Rwanda
  • Rodrigo Saucedo, Fondation Carlos Slim, Mexique
  • Anne Stake, Medtronics LABS Padayon, Philippines

Modérateur : Dr Muthoni Ntonjira, Philips Kenya

Webinaire n° 3 : Projets de la Coalition DCCC et collaboration avec le secteur privé en matière de santé numérique

Intervenants : 

  • Dr Ademola Serrano, PharmAccess
  • Neeraj Jain, PATH India

Modérateur : Dr Shivon Byamukama, Babyl Health Rwanda et Coalition DCCC

Catégories: Investir plus, investir mieux, Secteur privé

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